Dossier "Entrepreneuriat"
Edito

L’entrepreneuriat à cœur joie
L’entrepreneuriat est au cœur de la mission du Groupe ESC Dijon Bourgogne. Depuis une dizaine d’années, nous avons mis en place une pédagogie qui permet aux étudiants qui le souhaitent de développer leur esprit d’entreprendre et leur capacité à gérer des projets.
Plus spécifiquement, nous organisons chaque année depuis maintenant 4 ans une semaine dédiée à l’entrepreneuriat pour tous les élèves de 1ère année, durant laquelle ils travaillent par équipes de 4 à 5 autour d’un thème. L’objectif est de les faire passer d’une idée à un vrai projet de création d’entreprise. Alternant durant la semaine des périodes d’étude, de travail en équipe, d’échanges avec des entrepreneurs, ils se retrouvent le vendredi après-midi face à un jury composé d’entrepreneurs, de spécialistes de la création-reprise d’entreprise, et d’enseignants-chercheurs du Groupe ESC Dijon pour défendre leur projet. Le thème de cette année est l’entrepreneuriat social. Pierre Choux, PDG du Groupe ID’EES, nous fait l’honneur de parrainer cette édition, du 10 au 14 janvier 2011.
De leur côté, les élèves de 2ème année ont la possibilité de suivre des enseignements optionnels autour de la création et de la reprise d’entreprise, et peuvent également rejoindre un parcours à horaires aménagés s’ils souhaitent créer leur entreprise pendant leur scolarité. Pour les élèves de 3ème année, une spécialisation entrepreneuriat et management de PME a été mise en place, qui en plus de leur donner les bases du management d’une PME/TPE leur permet de travailler à leur projet personnel à court ou moyen terme.
A ces modules d’enseignement s’ajoute une opportunité unique pour tous les élèves qui le souhaitent : intégrer l’Incub’© ESC Dijon. Créé en janvier 2009, cet incubateur fête aujourd’hui ses deux ans. Il accueille une dizaine de projets par an, sélectionnés parmi de nombreuses candidatures. Déjà 6 entreprises ont été créées à ce jour, et actuellement 7 projets en cours d’incubation le sont dans le secteur des vins et spiritueux. Nous développons une véritable expertise autour de ce secteur en mobilisant pour nos créateurs et nos repreneurs toutes les ressources mises en œuvre dans le cadre de l’Institut du Management du Vin. L’Incub’© ESC Dijon est à ce jour le premier incubateur de projets viti/vinicoles dans le monde.
Ainsi les élèves, qui sont de toutes nationalités, bénéficient de conseils sectoriels spécifiques et sur mesure, d’actions de réseautage dans le domaine des vins et spiritueux auprès des plus grands experts du secteur. En plus de ces actions spécialisées, tous les porteurs de projet reçoivent 20 heures de chèques conseil qu’ils peuvent utiliser auprès des partenaires de l‘Incub’© : avocats, consultants, fiscalistes, experts-comptables, coachs personnels et spécialistes de l’accompagnement à la création et reprise d'entreprise.
Autant d’éléments qui montrent qu’à l’ESC Dijon, l’entrepreneuriat s’en donne à cœur joie !
Point de vue

Entrepreneuriat : la guerre des sexes n’aura pas lieu
Alors que des prix spécifiques dédiés aux femmes entrepreneurs se développent en France, celui de l’entrepreneur 2010, décerné depuis 17 ans par la société Ernst & Young et le magazine L’Entreprise, a été attribué à une femme, Alizia Jabès, créatrice de la marque NUXE. Pourtant, les femmes entrepreneurs sont une réalité encore bien mal connue et reconnue en France. Elles représentent un tiers des entrepreneurs mais souffrent d’un cruel déficit d’image. Cette situation ne leur permet pas toujours de construire la confiance nécessaire à la mobilisation des ressources entrepreneuriales.
L’image encore véhiculée de l’entrepreneur qui réussit est avant tout masculine. Les incubateurs régionaux, essentiellement concentrés sur l’innovation technologique et la forte valeur ajoutée, accompagnent peu de projets portés par les femmes. La raison est simple : leurs projets touchent majoritairement le secteur des services, qui ne génère pas de « haute valeur ajoutée technologique ». Ces projets sont ainsi moins médiatisés, en conséquence moins connus et reconnus. Pourtant, ils sont tout autant générateurs d’innovations fondamentales, créateurs d’emploi, porteurs d’avenir et riches d’aventures humaines exceptionnelles.
Le paradoxe tient d’un constat unanimement mis en valeur par les recherches : les projets portés par des femmes ne sont pas plus discriminés financièrement que d’autres. L’accès au crédit auprès des banques, les levées de fond auprès de partenaires financiers ne sont pas plus difficiles pour une femme que pour un homme. Il faut cesser de laisser véhiculer ces croyances. En revanche, le poids plus important des responsabilités familiales et le niveau de performance économique inférieur sont des constats récurrents des recherches sur les différences hommes/femmes en entrepreneuriat.
En France, l’inégalité des charges inhérentes à la gestion domestique est une réalité : les femmes assument 65% du travail domestique (sans aucune amélioration depuis plus de 20 ans). Les femmes entrepreneurs doivent elles aussi composer avec cette réalité. Comme tout entrepreneur, elles savent transformer les contraintes en opportunités, et ainsi beaucoup entreprennent justement pour concilier vie familiale et vie professionnelle. Le mouvement des « momentrepreneurs » qui se développe en France depuis 2009 est un exemple de la capacité d’innovation et d’entrepreneuriat des femmes.
Mais quid des « papentrepreneurs » ? Pourquoi les femmes ressentent-elles le besoin de réseauter auprès de femmes qui leur ressemblent avant tout ? Le déploiement de ces réseaux spécifiques de femmes pour les femmes ne vient-il pas renforcer l’enfermement de la femme entrepreneur, et ainsi accroître, peut-être, un sentiment de discrimination ? Les recherches sur l’innovation sont unanimes : c’est dans l’hétérogénéité de son réseau que l’entrepreneur capte « les signaux faibles » générateurs d’innovations et d’opportunités de développement.
En France, l’enjeu du développement de l’entrepreneuriat ne peut s’intéresser à un débat simplifié autour du genre type « guerre des sexes ». La réalité de l’entrepreneuriat est autrement plus compliquée, et plus passionnante. Les femmes entrepreneurs sont des entrepreneurs comme les autres, et c’est en leur permettant d’exister en tant que telles, de s’imposer en tant que femmes et entrepreneurs qu’elles prendront leur place dans l’environnement « encore trop » masculin de la création-reprise d’entreprise.
L’entrepreneuriat a besoin que soient construites, reconnues et mises en valeur des histoires d’entrepreneurs, femmes et hommes, quelle que soit la nature de leur projet de création ou de reprise. C’est grâce à cette construction collective que nos jeunes générations développeront l’envie, la fierté et l’énergie nécessaires au déploiement d’un projet de création ou de reprise d’entreprise.
Interview

Est-il réellement possible d’enseigner l’entrepreneuriat ?
Aujourd’hui, nous avons dépassé l’idée qu’il y aurait comme une « formule magique » pour former « l’entrepreneur parfait ». On peut trouver des entrepreneurs à succès dans toutes les disciplines, avec toutes sortes de profils, de personnalités et de caractéristiques. Cela a changé l’objectif de l’enseignement de l’entrepreneuriat aujourd’hui. En effet, un enseignement performant en création d'entreprise doit également contribuer à développer un comportement entrepreneurial, censé préparer aux défis d’une activité d’entrepreneuriat, tels que la créativité pour résoudre les problèmes, une pensée critique et un comportement responsable. On peut donc dire que l’enseignement de l’entrepreneuriat va plutôt dans le bon sens.
Quels outils pédagogiques avez-vous mis en œuvre à l’ESC Dijon pour développer la compétence entrepreneuriale de vos étudiants ?
Nous fournissons d’abord les outils traditionnels, qui se concentrent sur l’enseignement des connaissances de base telles que l’élaboration d’un plan d’action et de ses éléments. Au-delà de ça, nous investissons fortement dans le développement d’un comportement entrepreneurial, ce qui est essentiel. Nous développons ainsi constamment toute une gamme d’outils novateurs que nous mettons en application du niveau local au niveau international, par le biais des nombreux partenariats que nous proposons aux étudiants.

Toutes ces activités « MethaPhysics » visent à effectuer des exercices exigeant tous types de mouvements physiques afin de stimuler une large gamme de sens chez l’étudiant. L’outil permet donc une expérience éducative plus intensive que l’enseignement purement théorique. Son caractère ludique et engageant facilite d’ailleurs l’aspect éducatif de cette expérience. De plus, à travers l’exploration active et collective de la métaphore, les étudiants développent des façons de penser indépendantes et critiques sur ces exercices physiques.
Cependant, n’oublions pas que cet outil doit seulement être envisagé comme un élément complémentaire des cours « classiques » d’entrepreneuriat, et n’a pas pour vocation à remplacer les vraies expériences entrepreneuriales.
Des centaines d’étudiants étrangers viennent passer un semestre d’étude à l’ESC Dijon : comment gérez-vous cette diversité dans votre pédagogie entrepreneuriale ?
Les profils culturels de mes classes d’entrepreneuriat sont effectivement très divers. Les étudiants viennent d’universités du monde entier et il est clair qu’à leur culture nationale est associée une certaine culture entrepreneuriale, ainsi qu’une attitude spécifique concernant l’esprit d’entreprise. Par exemple, la culture indienne semble préparer fortement à l’entrepreneuriat et la création de sa propre entreprise apparait comme une vraie perspective concrète pour nombre d’étudiants indiens en business.
Il est donc nécessaire de prendre en considération le fait que les étudiants viennent avec des connaissances de base très différentes. J’observe que les étudiants, quel que soit leur background culturel et entrepreneurial, ont été très peu préparés aux défis comportementaux de l’entrepreneuriat. Il n’est donc pas étonnant que les outils et les approches pédagogiques qui stimulent les capacités de pensée créatrice et de résolution des problèmes soient jugés très positivement par les étudiants.
*Enseignant-chercheur en entrepreneuriat et spécialiste de la pédagogie de l’entrepreneuriat, Groupe ESC Dijon Bourgogne
Mini-portraits croisés
Trois questions à Estelle Bidault et François Geffriaud, jeunes entrepreneurs au sein de l’Incub’© ESC Dijon dans le secteur du vin
1) Pouvez-vous décrire votre projet et expliquer en quoi il est innovant ?

Celui-ci s’adresse aux vignerons implantés en Bourgogne. Il consiste à vendre un service d’externalisation commercial aux exploitations viticoles de taille moyenne (10 à 12 hectares), dans les départements de Côte d’Or et de Saône et Loire. C’est-à-dire conseiller et accompagner commercialement des vignerons qui souhaitent se développer et valoriser leur production en commercialisant leur vin en bouteilles sous le nom de leur domaine. L’ambition, c’est d’être au cœur de leur métier, comprendre leurs difficultés et construire avec eux une démarche commerciale qui leur ressemble et qui soit cohérente avec leur philosophie et leur vin.
Concrètement, nous réalisons un diagnostic avec le vigneron, nous analysons ses besoins, nous l’accompagnons sur la base d’un contrat annuel de prestations avec des objectifs fixés, puis en fonction de ceux-ci nous évaluons les résultats. Ce service d’externalisation de la fonction commerciale constitue le maillon manquant dans la création de la valeur pour le vigneron, soit entre la mise en bouteille et le client final.

Ces deux activités sont complémentaires puisque l’agence peut ainsi proposer un service de dépannage et un choix plus large à ses clients via la cave. Dans le même temps, la cave étend sa zone de chalandise à toute la région par l’intermédiaire de l’agence.
2) Pourquoi avez-vous eu envie d’entreprendre ?
Estelle Bidault : J’ai toujours eu un fort désir d’indépendance et je souhaitais être particulièrement disponible et flexible vis-à-vis de mon cadre familial – j’ai aujourd’hui deux enfants. Par ailleurs, j’ai la volonté de gérer mon périmètre d’activité géographique, ce que me permet cette formule. Enfin, je pense que ma personnalité est particulièrement bien adaptée à l’entrepreneuriat : charisme, organisation et fermeté (dans les prises de décisions) sont les principaux traits de caractère qui me seront utiles dans le cadre de ce projet.
FrançoisGeffriaud : Après 9 ans dans la finance, j’ai décidé d’entreprendre une reconversion professionnelle afin de faire de ma passion du vin mon métier, avec pour finalité la création d’une entreprise. Pour réussir ce challenge, j’ai intégré le Mastère CIVS, qui m’a apporté les clés indispensables à la compréhension du secteur viticole, tandis que l’incubateur m’a aidé à construire un business plan solide et qui m’accompagne dans la création de ma société.
3) Que vous apporte l’Incub’© dans la réalisation de votre projet ?
Estelle Bidault : Le gros plus de l’Incub’© ESC Dijon, c’est le tuteur qui est nommé en cohérence avec notre projet. Cette personne nous apporte son expérience, ses conseils et avis pour avancer dans la réflexion. Cet accompagnement est indispensable pour se poser les bonnes questions, se remettre en cause et éviter de se contenter d’intuitions. Ce tuteur nous oblige également à tenir des délais grâce à un planning et un échéancier.
Tous ces éléments sont déterminants pour passer de l’idée au projet construit. Grâce à cet accompagnement, nous bénéficions de contacts avec d’autres personnes ayant entrepris dans un domaine similaire et d’une aide à la promotion du projet localement. L’Incub’©ESC Dijon donne également accès à des conseils techniques indispensables dans un projet de création : avocat, expert comptable ou encore Bourgogne Entreprendre.
François Geffriaud : L’incubateur constitue un soutien essentiel dans la finalisation de mon business plan nécessaire à la création de mon entreprise. Au delà de l’accompagnement technique et matériel, l’incubateur est un véritable coach avec lequel on peut échanger sur ses interrogations et ses doutes. Même si dans certains cas, je sais quelles sont les démarches à effectuer et les décisions à prendre dans le processus de création d’entreprise, l’incubateur me permet de ne pas rester seul et d’être conforté dans mes choix.
Une Semaine de l’Entrepreneuriat sous le signe du social (10/12/2010)
L’Incub©ESC Dijon a déjà deux ans… mais en fait vin ! ( 04/01/2011)


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